John Rae
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Portrait de John Rae,
par Stephen Pearce, |
La plupart des explorateurs partis à la recherche du passage du Nord-Ouest ont été mandatés par la Marine royale britannique. Pour sa part, la Compagnie de la Baie d'Hudson était davantage intéressée par le commerce que par l'exploration. Néanmoins, pressée par le gouvernement britannique, elle envoyait périodiquement des explorateurs en expédition. Le docteur John Rae fut le dernier des grands explorateurs dépêchés par la Compagnie dans les régions nordiques alors inconnues.
John Rae est né près Stromness dans les Orcades, ces îles d'Écosse où les navires de Hbc faisaient escale pour faire le plein d'eau potable et de vivres et recruter du personnel avant la longue traversée de l'Atlantique. Témoin de l'embarquement de deux de ses frères aînés partis rejoindre les hommes de la Compagnie outremer, John Rae ne peut résister à l'appel du large : il entre au service de la Compagnie, à titre de médecin de bord, à peine deux mois après avoir obtenu son brevet de médecine. En 1833, il met les voiles sur la baie d'Hudson; il ne reverra pas l'Écosse avant 14 ans.
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William Armstrong,
Dr John Rae (1813-1893), explorateur de l'Arctique, 1862 |
Ses qualités n'échappent pas à George Simpson, alors gouverneur de la Compagnie. Ce dernier se rend plusieurs fois à Moose Factory au cours des dix années où John Rae y exerce la médecine. Un jour, le médecin lançe un défi au gouverneur : il prétend qu'un voilier de sa conception peut faire le tour de l'île plus rapidement que le canot de Simpson manœuvré par ses meilleurs pagayeurs. À l'issue de l'épreuve, Simpson doit s'incliner. Rae passe l'hiver 1844 avec Simpson à Montréal et rend visite à quelques parents à Hamilton. De retour à Moose Factory, il reçoit une lettre de Simpson, lui annonçant sa promotion au poste de chef de l'ensemble du district. Dans une autre missive à caractère privé, Simpson reconnaît que Rae est, parmi les hommes de la Compagnie, le plus apte à établir le relevé cartographique de la Terre de Rupert sur la côte de l'Arctique.
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John Rae rencontre les Esquimaux / découverte des restes de l'expédition Franklin, par Charles Comfort, 1949 |
C'est en interrogeant sans relâche des chasseurs inuits que Rae apprend le sort de cette expédition. Il acquiert d'eux des vestiges de l'expédition, comme des cuillères et des boutons (scène illustrée dans cette oeuvre de Charles Comfort). Il contre-vérifie ses sources pendant deux mois pour asseoir la validité de ses découvertes. Il doit alors faire un choix difficile, dont les conséquences vont le hanter pendant le reste de son existence. L'hiver arrive et Rae pourrait tenter de se rendre jusqu'à l'endroit où les derniers survivants de l'expédition avaient campé avant leur mort, mais pour ce faire, il devra passer un autre hiver dans l'Arctique. Par ailleurs, de nombreux navires sont toujours à la recherche de l'équipage de Franklin, tous concentrés dans le mauvais secteur de l'Arctique. Conscient des dangers auxquels il serait exposé, de même que son groupe et tous ces navigateurs mal renseignés, Rae décide de retourner en Angleterre le plus rapidement possible pour porter la triste nouvelle à Lady Franklin et à la population britannique.
La réaction de Lady Franklin et la très grande influence dont elle jouit valent à John Rae une réputation d'opportuniste. On raconte qu'il s'est fié aux dires de sauvages indignes de confiance, préférant revenir vite en Angleterre pour toucher une récompense (dont il ignorait pourtant l'existence) au lieu de se rendre sur place pour vérifier ses découvertes. Cent cinquante ans après l'événement, la puissance et l'influence de Lady Franklin et de son cercle d'amis ont depuis longtemps disparu, mais il n'est pas rare d'entendre encore ces affirmations, perpétuant les ouï dire au détriment des faits. C'est également la véritable raison pour laquelle Rae et ses exploits sont si méconnus de nos jours.
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