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Explorateurs
Samuel Hearne
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Gravure en couleur de Samuel Hearne, 1796 ACBH P-167 |
Bien qu’il soit mieux connu pour ses expéditions sur terre,
dans les régions maintenant appelées Territoires du Nord-Ouest
et Nunavut, Samuel Hearne (1745-1792) est également considéré
comme l’une des personnalités les plus importantes dans l’essor
de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Samuel Hearne grandit à Londres,
en Angleterre, où son père est secrétaire de la London
Bridge Water Works Company. Hearne est un jeune homme ambitieux, qui s'enrôle
dans la Marine royale en 1757, à l’âge de 12 ans. Neuf
ans plus tard, en 1766, il entre à la Compagnie de la Baie d'Hudson
comme second maître sur le petit sloop Churchill, et passe ses hivers
au poste Fort Prince of Wales, situé sur la côte ouest de la
baie d'Hudson. L’année suivante, Samuel Hearne fait
partie de l’expédition qui découvre les épaves
des navires de James
Knight au large de la côte de Marble Island. James Knight cherchait
le passage du Nord-Ouest, cette route directe navigable tant convoitée
vers l’Asie, dans la région du nord-ouest de la baie d’Hudson.
Fait intéressant, Samuel Hearne prouvera plus tard lui-même
que cette quête avait été menée en vain. À
la fin des années 1760, la Compagnie entend parler de vastes gisements
minéraux dans le nord. Hearne est désigné pour diriger
une expédition chargée de trouver ces gisements, de même
que le passage du Nord-Ouest. Au total, Hearne fera trois longs voyages
dans les terres arides à l'ouest de la baie d'Hudson. Le
premier, en 1769, prend fin de façon plutôt malheureuse lorsque
les compagnons de voyage autochtones de Hearne lui volent ses provisions,
l'obligeant à rentrer au fort. Toutefois, grâce à
cette aventure, Hearne apprend à se débrouiller dans la
nature, ce qui se révélera un atout très précieux
dans la poursuite de sa carrière. Devenu un homme des bois expérimenté,
Hearne repart en 1770 avec un guide autochtone appelé Conne-e-quese,
qui affirme avoir vu les vastes gisements de cuivre du Grand Nord. Lorsqu'ils
atteignent le lac Yathkyed, loin à l'ouest de la baie d'Hudson,
plusieurs centaines de nomades autochtones chippewyans se joignent à
eux. À ce point, Conne-e-quese a déjà démontré
qu'il est plutôt incompétent. Il est incapable de déterminer
sa propre position, sans parler de celle des gisements de cuivre. Lorsque
son guide décide de passer l'hiver avec les Chippewyans, Hearne
ne peut qu'accepter. Peu de temps après, Hearne est trahi une fois
de plus. Dans la froideur de l'hiver, ses compagnons autochtones volent
ses provisions, le condamnant à mourir de faim. Seul et perdu,
sans tente ni vêtements chauds, Hearne erre dans l'Arctique pendant
trois jours avant d'être secouru par le grand chef des Chippewyans,
Matonabbee. Au cours des années qui suivront, les deux hommes deviendront
de grands amis. Ils retournent alors au Fort Prince of Wales et décident
de repartir sans tarder à la recherche des gisements de cuivre
du nord.
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Samuel Hearne en route vers la rivière Coppermine, 1770
Bibliothèque et Archives Canada (no d'acquisition 1972-26-1386) |
Cette troisième et dernière expédition, entreprise
en 1771, dure 19 mois et conduit Hearne très loin au nord, où
aucun homme blanc ne s'est encore aventuré. Ce voyage allait permettre
à Hearne de s'adapter parfaitement à la vie des nomades autochtones.
Plusieurs mois après le départ, une bande d'autochtones aux
intentions mal définies se joint au groupe de Hearne, refusant
d'expliquer le but de son voyage. Toutefois, alors que le groupe progresse
vers le nord, il devient clair qu'elle a l'intention d'attaquer les Inuit
qui, dit-on, fréquentent la rivière Coppermine, juste au nord
du Grand lac des Esclaves. À cette époque, les deux groupes
sont presque constamment en guerre. Le groupe finit par atteindre les
côtes de l'océan Arctique. Hearne est vivement déçu
par ce qu'il y voit. Ce qu'il a devant lui n'est pas le légendaire
passage du Nord-Ouest, mais un cours d'eau gelé, bloqué
par des hauts-fonds infranchissables. Jamais les navires de la Compagnie
ne pourraient emprunter cette voie. Hearne est grandement déçu.
Néanmoins, il plante un piquet dans le sol, revendiquant la côte
au nom de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Peu de temps après,
il sera le malheureux témoin du massacre inévitable des
Inuits par les Chippewyans, et désigne par la suite l’endroit
où il a eu lieu « Bloody Falls ». Le rêve du passage
du Nord-Ouest évanoui, les hommes tentent de sauver leur mission
en trouvant les fameux gisements minéraux dont ils avaient entendu
parler. Ils ne trouvent qu'un morceau de cuivre ayant quelque valeur,
et Hearne décide de rentrer. À 10 milles (16 kilomètres)
seulement de la base du Fort Prince of Wales, le long de la côte
ouest de la baie d'Hudson, Hearne remplit une dernière page de
son journal de voyage :
«Bien que mes découvertes ne représentent probablement
aucun avantage matériel ni pour le pays, ni pour la Compagnie
de la Baie d'Hudson, j'ai le plaisir de croire que j'ai pleinement obéi
aux ordres de mes maîtres et mis un terme à toutes les
disputes sur l'accès au passage du Nord-Ouest par la baie d'Hudson.»
Hearne rentre de son troisième voyage à la fin de l'été
1772. Il a maintenant vingt-sept ans et est au service de la Compagnie
depuis déjà six ans. Il arrive à la baie d’Hudson
avant le départ annuel du bateau pour l’Angleterre et s’assure
que son journal de voyage atteindra Londres à l’automne.
À cette époque, le comité de Londres est grandement
préoccupé par une question commerciale d’importance
: comment maintenir la part de marché devant la concurrence croissante
que lui livrent les négociants canadiens ou «revendeurs», établis à Montréal. Ces concurrents réussissent
à récupérer une grande partie des fourrures provenant
des terres intérieures qui normalement auraient été
acheminées à la baie. Les trappeurs autochtones voient de
moins en moins d’avantages à parcourir des centaines de kilomètres
jusqu’aux postes situés sur les rives de la baie alors qu’ils
peuvent très bien les échanger contre des biens tout près
de chez eux. Dès 1773, les rapports des hommes de Hbc envoyés
dans les régions intérieures pour inciter les Autochtones
à faire du commerce avec eux ne peuvent plus être ignorés
: après 100 ans, la Compagnie devra se déplacer vers l’intérieur
du pays pour continuer ses activités commerciales. Les directives
envoyées outre mer l’année suivante sont très
claires. Un poste de traite doit être établi dans les régions
intérieures aussi loin que Le Pas, ou dans les environs; un bâtiment
en rondins doit être construit et les échanges avec les Autochtones
doivent commencer immédiatement. Samuel Hearne est choisi pour
diriger cette entreprise.
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Hearne construit Cumberland House, 1774-1775, par Franklin Arbuckle, 1951 |
En raison des problèmes de transport, ce n’est qu’à
l’été 1774 que Hearne peut entreprendre ce voyage. Le 3 septembre, il signale qu’il a choisi un emplacement sur le lac Pine
Island, à environ 60 milles (96 kilomètres) à l’ouest de Le Pas
et s’affaire au défrichement. Il s’agit d’un emplacement
stratégique : à l’intersection de trois réseaux
de rivières importants, la Saskatchewan qui mène à
l’ouest aux Rocheuses et au nord aux régions de l’Athabaska
et de Peace, à l’est vers la baie par les rivières Hayes
et Nelson et au sud-est par le lac Winnipeg et la rivière Rouge.
Le poste construit à cet endroit et désigné Cumberland
House est le tout premier établissement de ce qui deviendra un vaste
réseau d’établissements assurant la présence
de la Compagnie de la Baie d'Hudson dans tout le continent. Le printemps
suivant, Hearne dirige un groupe de trente-deux canots remplis de fourrures
à York Factory,
prouvant ainsi la pertinence de la nouvelle politique d’installations
à l’intérieur des terres.
La même année,
soit en 1775, Hearne est promu au poste de commandant du Fort Prince of
Wales, le plus important et le plus solide poste de traite de la Compagnie.
En 1782, les hostilités se poursuivant toujours avec les Français
à la baie d’Hudson et dans les environs, le fort est attaqué.
Menacé par l'armée française et ne disposant malheureusement
que de très peu d’hommes, Hearne se rend à l’amiral
français de La Pérouse sans tirer un seul coup de feu; ses
hommes et lui sont faits prisonniers. Les Français victorieux enclouent
les canons et font sauter les réserves de munitions. Par la suite,
la Compagnie abandonne définitivement le fort. Hearne retourne
à la baie d’Hudson un an plus tard pour y reprendre ses activités,
mais en raison de sa santé chancelante, il prend sa retraite en
1787. De retour en Angleterre, il travaille à la rédaction
du récit de son voyage fabuleux, A Journey to the Northern
Ocean, et tente de trouver un éditeur, mais meurt trois ans
avant que le livre ne soit publié.
L'odyssée de Hearne demeure l'un des périples terrestres
les plus étonnants de l'histoire de l'Amérique du Nord et
a rarement, voire jamais, été égalée. Au total,
Hearne a parcouru plus de 5 600 kilomètres (3 500 milles). Il fut
le premier homme blanc à atteindre l'océan Arctique en passant
par le continent. De plus, on lui reconnaît la découverte
du Grand lac des Esclaves et du réseau fluvial de la rivière
Mackenzie. Il a aussi été l’un des premiers explorateurs
à adopter un mode de vie similaire à celui des Autochtones
– une stratégie qui, avec le temps, prouvera sa valeur et
inspirera d'autres explorateurs comme
John Rae. Il a laissé en héritage ses mémoires,
un seul portrait de lui et un graffiti : son nom magnifiquement gravé
sur une grosse pierre à l’embouchure de la rivière
Churchill, pendant qu’il attendait le premier bateau de transport
après un long hiver au fort.
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