Samuel Hearne
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Gravure en couleur de Samuel Hearne, 1796 |
L’année suivante, Samuel Hearne fait partie de l’expédition qui découvre les épaves des navires de James Knight au large de la côte de Marble Island. James Knight cherchait le passage du Nord-Ouest, cette route directe navigable tant convoitée vers l’Asie, dans la région du nord-ouest de la baie d’Hudson. Fait intéressant, Samuel Hearne prouvera plus tard lui-même que cette quête avait été menée en vain. À la fin des années 1760, la Compagnie entend parler de vastes gisements minéraux dans le nord. Hearne est désigné pour diriger une expédition chargée de trouver ces gisements, de même que le passage du Nord-Ouest. Au total, Hearne fera trois longs voyages dans les terres arides à l'ouest de la baie d'Hudson.
Le premier, en 1769, prend fin de façon plutôt malheureuse lorsque les compagnons de voyage autochtones de Hearne lui volent ses provisions, l'obligeant à rentrer au fort. Toutefois, grâce à cette aventure, Hearne apprend à se débrouiller dans la nature, ce qui se révélera un atout très précieux dans la poursuite de sa carrière. Devenu un homme des bois expérimenté, Hearne repart en 1770 avec un guide autochtone appelé Conne-e-quese, qui affirme avoir vu les vastes gisements de cuivre du Grand Nord. Lorsqu'ils atteignent le lac Yathkyed, loin à l'ouest de la baie d'Hudson, plusieurs centaines de nomades autochtones chippewyans se joignent à eux. À ce point, Conne-e-quese a déjà démontré qu'il est plutôt incompétent. Il est incapable de déterminer sa propre position, sans parler de celle des gisements de cuivre. Lorsque son guide décide de passer l'hiver avec les Chippewyans, Hearne ne peut qu'accepter. Peu de temps après, Hearne est trahi une fois de plus. Dans la froideur de l'hiver, ses compagnons autochtones volent ses provisions, le condamnant à mourir de faim. Seul et perdu, sans tente ni vêtements chauds, Hearne erre dans l'Arctique pendant trois jours avant d'être secouru par le grand chef des Chippewyans, Matonabbee. Au cours des années qui suivront, les deux hommes deviendront de grands amis. Ils retournent alors au Fort Prince of Wales et décident de repartir sans tarder à la recherche des gisements de cuivre du nord.
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Samuel Hearne en route vers la rivière Coppermine, 1770 Bibliothèque et Archives Canada (no d'acquisition 1972-26-1386) |
Le groupe finit par atteindre les côtes de l'océan Arctique. Hearne est vivement déçu par ce qu'il y voit. Ce qu'il a devant lui n'est pas le légendaire passage du Nord-Ouest, mais un cours d'eau gelé, bloqué par des hauts-fonds infranchissables. Jamais les navires de la Compagnie ne pourraient emprunter cette voie. Hearne est grandement déçu. Néanmoins, il plante un piquet dans le sol, revendiquant la côte au nom de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Peu de temps après, il sera le malheureux témoin du massacre inévitable des Inuits par les Chippewyans, et désigne par la suite l’endroit où il a eu lieu « Bloody Falls ». Le rêve du passage du Nord-Ouest évanoui, les hommes tentent de sauver leur mission en trouvant les fameux gisements minéraux dont ils avaient entendu parler. Ils ne trouvent qu'un morceau de cuivre ayant quelque valeur, et Hearne décide de rentrer. À 10 milles (16 kilomètres) seulement de la base du Fort Prince of Wales, le long de la côte ouest de la baie d'Hudson, Hearne remplit une dernière page de son journal de voyage :
«Bien que mes découvertes ne représentent probablement aucun avantage matériel ni pour le pays, ni pour la Compagnie de la Baie d'Hudson, j'ai le plaisir de croire que j'ai pleinement obéi aux ordres de mes maîtres et mis un terme à toutes les disputes sur l'accès au passage du Nord-Ouest par la baie d'Hudson.»
Hearne rentre de son troisième voyage à la fin de l'été 1772. Il a maintenant vingt-sept ans et est au service de la Compagnie depuis déjà six ans. Il arrive à la baie d’Hudson avant le départ annuel du bateau pour l’Angleterre et s’assure que son journal de voyage atteindra Londres à l’automne.
À cette époque, le comité de Londres est grandement préoccupé par une question commerciale d’importance : comment maintenir la part de marché devant la concurrence croissante que lui livrent les négociants canadiens ou «revendeurs», établis à Montréal. Ces concurrents réussissent à récupérer une grande partie des fourrures provenant des terres intérieures qui normalement auraient été acheminées à la baie. Les trappeurs autochtones voient de moins en moins d’avantages à parcourir des centaines de kilomètres jusqu’aux postes situés sur les rives de la baie alors qu’ils peuvent très bien les échanger contre des biens tout près de chez eux. Dès 1773, les rapports des hommes de Hbc envoyés dans les régions intérieures pour inciter les Autochtones à faire du commerce avec eux ne peuvent plus être ignorés : après 100 ans, la Compagnie devra se déplacer vers l’intérieur du pays pour continuer ses activités commerciales. Les directives envoyées outre mer l’année suivante sont très claires. Un poste de traite doit être établi dans les régions intérieures aussi loin que Le Pas, ou dans les environs; un bâtiment en rondins doit être construit et les échanges avec les Autochtones doivent commencer immédiatement. Samuel Hearne est choisi pour diriger cette entreprise.
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Hearne construit Cumberland House, 1774-1775, par Franklin Arbuckle, 1951 |
La même année, soit en 1775, Hearne est promu au poste de commandant du Fort Prince of Wales, le plus important et le plus solide poste de traite de la Compagnie. En 1782, les hostilités se poursuivant toujours avec les Français à la baie d’Hudson et dans les environs, le fort est attaqué. Menacé par l'armée française et ne disposant malheureusement que de très peu d’hommes, Hearne se rend à l’amiral français de La Pérouse sans tirer un seul coup de feu; ses hommes et lui sont faits prisonniers. Les Français victorieux enclouent les canons et font sauter les réserves de munitions. Par la suite, la Compagnie abandonne définitivement le fort. Hearne retourne à la baie d’Hudson un an plus tard pour y reprendre ses activités, mais en raison de sa santé chancelante, il prend sa retraite en 1787. De retour en Angleterre, il travaille à la rédaction du récit de son voyage fabuleux, A Journey to the Northern Ocean, et tente de trouver un éditeur, mais meurt trois ans avant que le livre ne soit publié.
L'odyssée de Hearne demeure l'un des périples terrestres les plus étonnants de l'histoire de l'Amérique du Nord et a rarement, voire jamais, été égalée. Au total, Hearne a parcouru plus de 5 600 kilomètres (3 500 milles). Il fut le premier homme blanc à atteindre l'océan Arctique en passant par le continent. De plus, on lui reconnaît la découverte du Grand lac des Esclaves et du réseau fluvial de la rivière Mackenzie. Il a aussi été l’un des premiers explorateurs à adopter un mode de vie similaire à celui des Autochtones – une stratégie qui, avec le temps, prouvera sa valeur et inspirera d'autres explorateurs comme John Rae. Il a laissé en héritage ses mémoires, un seul portrait de lui et un graffiti : son nom magnifiquement gravé sur une grosse pierre à l’embouchure de la rivière Churchill, pendant qu’il attendait le premier bateau de transport après un long hiver au fort.
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